Toil'd'épices, pour tout savoir sur les épices, condiments et herbes aromatiques

Histoire du thé

De Toildepices

Des origines au XIIe siècle : Le thé en Asie

Les théiers présentent beaucoup de populations spontanées en Assam, Chine,… Chaque population est composée d'une variété (Assamica, sinensis,…). Elles sont utilisées localement comme plantes médicinales, stimulantes ou légumières depuis des temps immémoriaux. Il semble que le Camellia sinensis proprement dit viendrait des contreforts montagneux de la province du Yunnan en Chine.

-2737, en Chine - Découverte mi-mythique mi-réelle du thé par l'empereur Shen Nong (ou Chen Nung qui est traditionnellement le père de l'agriculture chinoise), le dernier des Trois Augustes. Il ordonna pour des raisons sanitaires de ne plus consommer que de l'eau bouillie. Puis, un jour, alors que Shen Nong fit bouillir son eau à l'ombre d'un arbuste, trois feuilles tombèrent dans l'eau. Shen Nong goûta l'eau ainsi parfumée par l'œuvre du hasard et la trouva très agréable. Ainsi naquit le thé ...

du -VIIIe au -VIe siècle, en Chine - Les plus anciens écrits chinois encore connus le Shijing (Livre des Chants) et l'Er'ya (Dictionnaire de tous les objets) mentionnent bien le thé, mais pas sous son idéogramme actuel de Cha, mais sous l'idéogramme Tu qui a un sens plus vaste et englobe plusieurs plantes amères. A ces époques, les feuilles de thé étaient utilisées comme médecine et comme légume.

-IIIe siècle, en Chine - Apparition de l'idéogramme moderne Cha pour désigner le thé en Chine dans l'ouvrage Histoire des Han Antérieurs. Le thé est déjà soumis à l'impôt et devient une boisson réservée à la cour.

Repère historique - De -206 à +220, en Chine - Dynastie Han - Repère historique

Repère historique - De -57 à +935, en Corée - Epoque de Silla - Repère historique

-50, en Gaule, un village d'irréductible gaulois - L'invention bretonne du thé... d'aprés Goscinii

IVe siècle, en Chine - Première traces écrites du commerce du thé en Chine. Les feuilles commercialisées sont dans un premier temps collectées dans la natures, puis les premières cultures apparaissent.

350, en Chine, province du Sichuan - Premières plantations connues. Elles sont obtenues par acclimatation des théiers sauvages de la province du Yunnan. Les feuilles sont façonnées en gâteau puis rôties jusqu'à en devenir rouges. Ces gâteaux sont fractionnés puis consommés en décoction qui est souvent salée. Ce mode de préparation est toujours répandu au Tibet et en Mongolie.

Ve siècle, en Chine - Le Dictionnaire kuang Ya suggère d'aromatiser le thé avec de la cannelle, de l'orange, des oignons… il est ajouté que le thé désintoxique l'organisme et permet de lutter contre le sommeil.

Repère historique - De 420 à 589, en Chine - Dynastie Nan-Bei - Repère historique

Sous l'influence du bouddhisme, la culture du thé se développe. L'effet stimulant du thé aide à maintenir éveillé et permet une meilleure concentration, deux raisons d'encourager sa consommation chez les pratiquants de la méditation et des longues prières silencieuses. Les méthodes de culture et de fabrication se développent, se diversifient et s'affinent. La dynastie Nan-Bei voit aussi les prémices de la codification de l'usage du thé.

Repère historique - De 476 à 1453, en Europe - Moyen Age - Repère historique

VIe siècle, en Chine - Maintenant, les plantations traversent le pays de l'est à l'ouest! Les besoins sont de plus en plus importants, la population s'habituant aux nouveaux plaisirs associés à la consommation de thé. Les Jardins de Hunan et Hubei voient pousser une production spéciale de grande qualité pour l'usage exclusif de l'empereur. Le thé a pris alors une dimension économique : les briques de thé servent de monnaie, leur valeur croît avec la distance au lieu de production…

VIe siècle, au Japon - C'est l'arrivée du Bouddhisme au Japon, bien sûr accompagnée de celle du thé. Ils viennent de la Chine via la Corée.

VIIe siècle, au Tibet - Le thé fait son apparition au Tibet. D'après la tradition tibétaine, c'est sous le règne de l'Empereur Songtsen Gampo que la première importation de thé se serait faite depuis la Chine (des provinces du Yunnan et du Sichuan) à dos de yacks. Le plus souvent, le thé à destination du Tibet était compacté en briques, plus ou moins décorées, pour en faciliter le transport et la conservation. Au Tibet, le thé est préparé dans une eau salée et émulsionné au beurre de yack; c'est ainsi qu'il est toujours dégusté de nos jours.

Repère historique - De 618 à 907, en Chine - Dynastie des Tang - Repère historique

La dynastie des Tang correspond à l'école du thé dite 'Classique'. Le thé était consommé sous forme de boulettes qui sont pulvérisées selon les besoins, la poudre est ensuite infusée dans de l'eau salée.

729, au Japon - Lors d'une méditation de 4 jours à la demande de l'Empereur, les moines bouddhistes se voient offrir par l'Empereur Shomu une boisson à base d'une rare poudre verte apportée par les ambassadeurs chinois des Tang.

780, en Chine - Le gouvernement tente d'imposer une taxe sur le thé. Mais devant l'opposition générale elle n'entrera en vigueur que 15 ans plus tard.

783, en Chine - Le thé est devenu un produit de consommation courante et subit un monopole d'état. Les grands producteurs vont échanger leur stocks à la capitale contre une reconnaissance de dettes qu'ils échangeaient chez eux contre de l'argent. Ce système de papier monnaie est le précurseur du billet de banque, qui fut inventé en Chine, en 1024… grâce au commerce du thé!

794, au Japon - Fondation de Kyôto. L'empereur Kammu veille personnellement à ce que son nouveau palais ait sa propre plantation de théiers. A cette époque, le Japon est ouvert et fortement influencé par la Chine et le bouddhisme.

795, en Chine - Publication du Chaking (ou Cha Jing - Livre du thé) du philosophe Lu Yü. Cet ouvrage qui a été commandé par des marchands est devenu l'ouvrage le plus classique sur le thé, il est à la base de la cérémonie du thé japonais. Il y traite de tous les aspects du thé dans les plus fins détails de sa préparation jusqu'à son rapport avec toutes les religions de l'Empire du Milieu : du Taoïsme de la Chine méridionale au Confucianisme de la Chine septentrionale. A l'époque de Lu Yu, le thé est très répandu en Chine, il est cultivé dans de nombreuses provinces. Mais, malgré la richesse du Cha jing, nous n'avons que très peu d'informations sur la culture et le commerce du thé. Ces "choses" des marchands et des paysans étaient méprisées à l'époque.

Repère historique - De 794 à 1185, au Japon - Période Heian - Repère historique

805, au Japon - L'Empereur apprécie tant la nouvelle boisson qu'il en ordonne la culture dans tout le Japon. Le thé tant apprécié est celui arrivant de Chine sous forme de briques. Néanmoins le thé resta en arrière plan pendant longtemps, car le Japon entrait dans une période de troubles...

828, en Corée - C'est l'arrivée du premier plant de thé en Corée. Il sera l'ancêtre de tous les théiers actuels du sud de la Corée. A cette époque, le thé est fort apprécié en Corée et son usage influencé par le Cha Jing.

851, dans l'empire des abbassides [de l'Espagne au frontière de l'Inde] - Le thé se rapproche de l'Europe, la première allusion du monde de l'Islam au thé : "Herbe qui a plus de feuilles que le trèfle, un peu plus de parfum aussi, mais […] fort amère. […] On fait bouillir de l'eau que l'on verse dessus", Relations de la Chine et de l'Inde - Sulayman, marchand arabe.

Repère historique - De 918 à 1392, en Corée - Epoque de Goryö - Repère historique

Cette époque baroque complexifie et ritualise à l'extrême l'usage du thé, rendant sa pratique hors de prix...


Repère historique - De 960 à 1279, en Chine - Dynastie des Song - Repère historique

La Chine du thé bascule durant cette période dans l'école dite Romantique. Le thé consommé est un thé vert sous forme de poudre fine, il est battu dans l'eau chaude pour donner la 'mousse de Jade'. Cette pratique perdure toujours dans la cérémonie du thé japonaise, le Cha no yu, avec le thé Matcha et les Maisons de thé. Les codes de cette cérémonie vont se définir et se figer sous la dynastie des Song, elle sera aussi de mise au Japon.

Xe siècle, au Japon - Le thé se cultive maintenant de façon commune au Japon.

XIe siècle, au Japon - Reprise des échanges avec la Chine après une période de relations tendues. C'est à cette époque que la cérémonie du thé façon japonaise est née en reprenant la mode chinoise : l'usage de thés réduits en fine poudre qui donneront le Matcha. Il est apprécié des moines pour ces réelles vertus qui prolongent les médiations. C'est de cette époque que date la légende du Prince indien Dharma et de ses paupières - situé au début du VIe siècle :

  • Mythe japonais du Prince indien Dharma (ou Bodhi-Dharma, ou encore Daruma - fondateur du Bouddhisme Zen) - Le légendaire prince indien, Dharma était connu pour son intelligence, sa beauté et la longueur de ses méditations. Décidant de se consacrer au Bouddhisme, il prit la route vers la Chine et le Japon. Un soir, épuisé, il s'endormit au bord de la route. Au réveil, il eut tellement honte de sa faiblesse que pour y échapper, il se coupa les paupières et les enterra au bord du chemin. Sur le chemin du retour, il aperçu qu'un arbrisseau avait poussé là ou il avait enterré ses paupières. Curieux il en goûta les feuilles qui se révélèrent capable de le maintenir éveiller… Le théier était né !

A cette époque, le thé était aussi fort apprécié des aristocrates et des Samouraïs, non pour des soucis de spiritualité, mais plutôt pour profiter des bonnes choses de la vie…

1044, en Chine - Les Song signent un traité avec les barbares (les Xia) de 30 000 livres de thé pour assurer leur tranquillité. Cela prouve que le thé est un produit connu et reconnu dans les steppes d'Asie centrale.

XIIe siècle, au Japon - Eisei , religieux bouddhiste fondateur du zen Japonais, est aussi le 'père du thé' dans la tradition japonaise, rapporte des graines de théiers de Chine pour les acclimater et développe sa culture au Japon en parallèle avec le bouddhisme.

XIIIe siècle, en Chine - Gengis Khan, et ses cavaliers mongols déferlent sur la Chine, mais n'apprécie pas les subtilités de la dégustation du thé ou des autres art chinois (calligraphie, poésie…).

XIIIe siècle, au Japon - Le pays sort enfin d'une longue période de troubles. La cérémonie du thé va pourvoir retrouver tous ces fastes.

Du XIIIe siècle au XVIIe siècle : La découverte du thé par les Européens

1285, sur la route de la soie - Histoire rapportée par Marco Polo dans le Devisement du monde (1298) : un ministre des finances chinois fut renversé car il avait augmenté les taxes sur le thé.


Repère historique - de 1336 à 1573, au Japon - Période Muromachi - Repère historique


C'est la fin des excès et des abus dans la cérémonie du thé. Celle-ci se recentre et en sortant des monastère bouddhiques devient le chado (la voie du thé) ou cha-no-yu (eau chaude pour le thé) suite à une codification stricte qui demeure encore de nos jours. C'est à cette époque que naissent les suki-ya (maisons de l'asymétrie, maisons de thé) : petites bâtisses construites à l'écart des habitations principales et dédiées au chado.


Repère historique - de 1368 à 1644, en Chine - Dynastie des Ming - Repère historique

Les Ming, issus du peuple, libèrent la Chine de l'emprise mongole. Le civilisation du thé entre dans l'école dite 'décadente' : le thé est simplement infusé, c'est ainsi que les occidentaux vont le découvrir et l'importer.


Repère historique - de 1392 à 1910, en Corée - Dynastie Yi - Repère historique

Repère historique - 1492, aux Bahamas - Arrivée de Christophe Colomb - Repère historique


1498, Portugal/Inde - Vasco de Gama contourne l'Afrique par le cap de Bonne Espérance, puis rallie Monbasa et atteint directement l'Inde par l'océan indien (Calicut, le 21 mai 1498 après 10 mois de voyage) et aurait crié : "pour le Christ et les épices !". La course maritime aux épices est ouverte par le Portugal. De nouvelles voies commerciales s'ouvrent…

XVIe siècle, sur la route de la soie - Le thé circule d'Asie en Europe par cette voie traditionnelle, mais il ne fait qu'accompagner la soie, les épices et les pierres précieuses, on l'importe comme on ramène une curiosité d'un voyage à l'étranger. Il n'existe donc pas encore véritablement de commerce du thé vers l'Europe.

1529, en Italie, Venise - Publication du second volume de Navigatione e Viaggi de Giambatista Ramusio, dans lequel il parle d'une herbe chinoise inconnue, le Chai catai, utilisée en infusion pour soigner divers maux.

1577, en Chine - Fondation du Comptoir portugais de Macao, proche de Canton.

1588, en Europe - Publication de Histoire des Indes du père Maffei : "La boisson des Japonais est un suc tiré d'une herbe appelée chia, que l'on fait chauffer pour boire et qui est extrêmement saine. […] et [elle] les fait vivre longues années presque sans aucune langueur. […] L'eau presque brûlante mêlée avec une poudre de chia fait les délices de leur boisson." Il s'en suit une description de la cérémonie du thé qui se rapproche beaucoup du cha no yu actuel, avec la minutie, le recueillement et le souci des détails qui la caractérisent.


Repère historique - de 1573 à 1603, au Japon - Période Azuchi-Momoyama - Repère historique


Cette période de troubles sanglants vit naître les plus grands raffinements dans le rituel de l'usage du thé. Aussi bien du côté des objets (apparition de bol Raku, et du bouquet dans un vase de bambou indispensable à toute bonne cérémonie) que dans le cérémonial très codifié.

Fin du XVIe siècle, en Inde, comptoir de Goa (comptoir portugais de 1510 à 1961, actuellement nommé Panaji)

Ce breuvage se boit ou plutôt se hume toujours chaud, et par une certaine amertume tempérée n'est pas désagréable à la bouche, mais vraiment salutaire à beaucoup de choses si l'on en use souvent. [… Discussion sur les prix et les différentes qualités/origines …]. Car les Japonais meslent ces feuilles réduites en poudre dedans une coupe pleine d'eau boyillante, à la quantité de deux ou trois cuielerées, et avallent telle potion ainsi mixtionnée. Mais les Chinois jettent quelques-unes de ces feuilles en un vaiseau d'eau bouillante, puis quand elle a imbu la force et vertus d'icelles, ils la boivent toute chaude et laissent les feuilles
Témoignage du missionnaire Mateo Ricci en Inde
.

XVIIe siècle, en Angleterre - Ce siècle voit l'entrée officielle du thé à la cour britannique, ainsi que des tentatives d'acclimation des théiers à Londres, malheureusement, sous nos climats les théiers ne donnent que des feuilles de médiocre qualité…

XVIIe siècle, en Amérique du nord - Première introduction du théier sur le nouveau continent, sans grande suite.

du XVIIe siècle au XVIIIe siècle : Les Européens entrent dans le commerce du thé

1601, en Angleterre - Fondation de la East India Company qui permit, la première, la diffusion sur une large échelle du thé en Europe. 1602, en Hollande - Fondation de la Dutch East Compagny, compagnie Hollandaise, à l'origine des premiers grands transports et commerce de thé (1606). Le thé est toujours un produit rare mais de plus en plus connu

1606, à Amsterdam - Un négociant hollandais débarque quelques caisses de thé échangées en Chine contre de la sauge. Mais la sauge ne satisfaisant pas les Chinois, ces échanges périclitèrent rapidement… On leur avait pourtant offert ce qu'on avait de meilleur :

L'homme peut-il mourir alors que fleurit la sauge dans son jardin ?
Ecole de Salerne

1636, en France - Le père jésuite Ricci (Lettres sur la Chine) introduit le thé à Paris, mais, dans un premier temps, ce n'est pas une boisson, le thé est surtout considéré comme un médicament pour ses vertus toniques et diurétiques.

1638, en Russie - Le thé est connu en Russie, il ne sera réellement diffusé dans tout le pays qu'au XIXe siècle.

1638, au Japon - Suite à un conflit avec des missionnaires portugais, le Japon ferme ses ports aux occidentaux et cela pour plus de 2 siècles, laissant ainsi le marché du thé à la seule Chine.

1641, en Hollande - Tulpius médecin hollandais est l'un des premier à faire (re)connaître le thé en Europe.

1647, aux USA - Arrivée du Hollandais Peter Stuyvesant, l'un des premier à instaurer le commerce et la consommation de thé dans les colonies de la Nouvelle Angleterre. Très vite les Anglais prennent le marché en main, la British East Indian Company entretient ce 'besoin' parmi les colons en organisant des tea parties. Mais les Hollandais ne se laissent pas évincer ainsi du marché américain, une bonne partie du thé arrive en contrebande avec leur aide.

1662, Portsmouth - Charles II d'Angleterre se marie à Catherine de Bragance, fille du roi Jean IV du Portugal. Dans sa dote se trouve les comptoirs de Bombay et Tanger ainsi que les flux commerciaux, dont celui du thé, qui y passent...

Milieu du XVIIe, en France - Mme de Sévigné et Mazarin furent de grand adeptes du thé, d'autres comme le docteur Tissot le considèrent comme toxique. A cette même époque, les mêmes préoccupations sont d'actualité pour le chocolat : poison, médecine ou plaisir ? Pendant longtemps, le thé reste uniquement une médecine en France, tout juste bon pour les malades.

1652, en Angleterre - Ouverture des premiers coffee houses qui permettent la diffusion du café, chocolat et du thé.

1657, en France - Le docteur Joncquet fait l'éloge du thé en le nommant 'herbe divine', comme beaucoup de ses confrères : docteur Morisset, Nicolas de Blégny...

1658, à Londres - Publicité publiée dans le Mercurius Politicus : "Cette excellente boisson en provenance de Chine, approuvée par tous les physiciens, que les Chinois nomment tcha et les autres nations tay ou tee est en vente au café de la Sultane". Le thé entre rapidement dans le monde des affaires anglais, en particulier grâce à la Compagnie des Indes.

1660, en Angleterre - Interdiction à la Dutch East Compagy d'importer des produits en Grande-Bretagne, au profit de la East Indian Company (compagnie anglaise).

1669 - C'est la fin du monopole de la Dutch East Company sur le thé.

1689, relations Russie/Chine - Mise en place du traité de Nerchinsk qui permet le commerce entre ces deux pays. Une nouvelle voie s'ouvre pour le commerce du thé ! (par caravane de chameaux). Des foires aux thés s'organisent à la frontière sino-russe, le thé arrive à Moscou plus d'an après la cueillette. Mais ce thé est hors de prix et réservé à l'aristocratie russe. Les Russes profitent de cette manne et l'exportent vers la Suède, le Danemark, l'Allemagne du nord...

1698, au Vietnam - William Dampier indique que le chau (infusion ou décoction de thé) est une boisson courante pour tous en Tonkin et en Cochinchine.

1706, à Londres - Ouverture du premier salon de thé, le Tom's coffee house, établissement public où les femmes peuvent se rendre seules ou entre amies : inouï pour l'époque ! Le nom de ce précurseur : Thomas Twining, il y propose le thé à la tasse et ne se doute pas encore de l'impact de son audace!

1712, En Allemagne - Kaempfer, médecin et botaniste allemand, rédige la première vraie description botanique du théier sous le nom de Thea japonesis pour le compte de la VOC (Dutch East India Company)

1753, en Suède - Linné le nomme Thea sinensis dans Species Plantarum, en indiquant aussi les noms donnés par Kaempfer (Thée) et Baudhin (Chaa). Ses tentatives de semis restèrent un échec. Après moult tentatives, il réussit à se faire rapporter quelques pied de théiers à Uppsala (en 1763 grâce au capitaine Ekeberg).

1773, aux USA - La Bristish East India Company obtient du gouvernement anglais le monopole du commerce du thé dans les colonies et le droit de choisir ses distributeurs, en particulier pour les colonies du Nouveau Monde. Bien des malheureux iront rejoindre les rangs des contrebandiers… l'année 1773 voit aussi une forte inflation des taxes sur les importations de thé dans les colonies enflées. Ce qui provoqua les premières hostilités qui annonceront la guerre d'Indépendance. La plus célèbre de ces échauffourées reste la Boston tea party où furent jetées à la mer 342 caisses de thé des navires anglais.

1788, en Inde - Le botaniste Joseph Bank introduit des théiers chinois à Calcutta. Sans grande réussite, il faudra attendre la conquête de la région d'Assam pour que ces acclimations donnent de bons résultats.


Repère historique - 1789, en France - Révolution française - Repère historique

Du XIXe siècle au XXe siècle : le thé aux mains des européens

XIXe siècle - Le thé est devenu une richesse qu'il est important de maîtriser comme le sont les épices. Durant le XIXe siècle, le thé prend une importante place économique : la suppression du monopole sur le commerce du thé détenu jusque là par la compagnies des Indes britanniques poussent les grandes puissances européennes à une course commerciale de Clippers et à maîtriser la production de thé. Nombre de ces grandes puissances vont tenter d'acclimater les théiers d'une part en Europe (d'abord en Angleterre puis tardivement en France) sans grand succès, et d'autre part dans leurs colonies, les Anglais ayant un net avantage sur point. La culture des théiers est une chose, la maîtrise de la transformation des feuilles en thé consommable en est une autre, est de première importance. Ce sera tout l'enjeu du XIXe siècle…

XIXe siècle, au Vietnam - Sous l'impulsion française, des plantations de théiers sont faites au Vietnam. Depuis longtemps les théiers sauvages étaient exploités comme dans toute l'Asie du sud-est comme dans le lephet Birman et le miyang Thailandais (qui sont des feuilles de thés cuites à la vapeur et pressées dans une canne de bambou. Apres quelques semaines sous terre, elles sont rincées dans de la saumure et sont consommées en salade avec des crevettes séchées, de l'ail frit et des cacahuètes grillées…)

Au début du XIXe siècle, en Inde - Thomas Lipton achète des terres à Ceylan et projette d'y cultiver du thé, les tentatives de culture du quinquina et du café ayant échoué.

Au début du XIXe siècle, en Chine - Les Anglais utilisent depuis quelques temps une nouvelle stratégie pour équilibrer la balance commerciale avec la Chine : ils importent de l'opium en Chine pour en sortir du thé à moindre frais. Mais cette politique fonctionne trop bien… En retour le gouvernement chinois réagit en interdisant l'importation d'opium. Pour contourner cela, les trafiquants ne débarqueront plus l'opium à Canton mais sur une île voisine ce qui permet de le dédouaner : son commerce repart de plus bel.

A cette même époque, les Anglais cherchent à multiplier les sources d'approvisionnement, à se libérer du monopole Chinois (le Japon est fermé aux étrangers jusqu'au XIXe).


1824, en Inde, province d'Assam - Le Major Robert Bruce, citoyen britannique, découvre des pieds de théiers sauvages dans la région d'Assam. Ils sont consommés localement comme légume feuille ou sous forme d'une décoction amère. Les colons développent la culture des théiers locaux (Camellia sinensis var. assamica) en parallèle avec ceux de Chine (Camellia sinensis var. sinensis). Dix ans après les premiers thés d'Assam arrivent en Angleterre et les Anglais s'installent de plus en plus dans cette région sauvage de l'Inde… Ils implantèrent aussi des théiers d'Assam à Ceylan et cela est une vraie réussite ! une fois le procédé maîtrisé, le thé de Ceylan rivalisera avec les thé de Chine…

1827, à Java - Les Hollandais ne sont pas en reste : leurs premiers essai de semis de théiers à Java prennent. Mais ils se rendent compte qu'ils ne connaissent pas le processus de transformation! Jacobson, marchand de passage, est alors chargé d'une mission : trouver les informations manquantes. Pendant six ans, il collecte plants et ouvriers et devient un héros national à Java et sera recherché par les Chinois.

1829, en Inde - Sur les contreforts de l'Himalaya, le général Lloyd découvre la région de Darjeeling (la terre des foudres en tibétain). Des théiers sauvages y poussent spontanément.

1834, en Inde, province d'Assam - Les Anglais ont développé les plantations de théiers. Mais les premiers essais sont bien en dessous de la qualité chinoise, il faut donc envoyer un espion en Chine pour savoir pourquoi… L'un des plus connu est Robert Fortune.

1835, en Inde, province de Darjeeling - Les Anglais annexent Darjeeling à leurs colonies.

1839, en Angleterre - Ventes des premiers thés d'Assam, leur goût plus fort que celui des thés chinois plait beaucoup !

1839, en Chine - 20 000 caisses d'opium sont saisies et brûlées. L'Angleterre réagit en déclenchant la première guerre de l'opium (1840-42) qui se clôture par le traité de Nankin. Attribuant Hong Kong à l'Angleterre et ouvrant les ports de Canton et Shanghai en limitant les taxes douanières à 5% ...

1843-1848, en Chine - Robert Fortune, botaniste et espion britannique, découvre que le thé vert et le thé noir, jusque là Thea viridis et Thea bohea (resp.), proviennent d'une même plante le Thea (Camellia) sinensis seul le procédé de fabrication diffère. Ainsi en s'infiltrant, sous les traits un mandarin de la lointaine Mongolie, dans des provinces chinoises fermées aux 'barbares', il rapporte les méthodes de culture et de fabrication du thé, de nouvelles souches chinoise et surtout des ouvriers qualifiés... Ainsi les productions d'Assam furent grandement améliorées.

Au milieu du XIXe siècle - c'est la grande époques des clippers : depuis que le monopole est rompu. Ce sont les bateaux les plus rapides qui feront le plus de profit ! Une guerre de vitesse s'instaure entre les divers participants : Angleterre, USA,…

1854, en France - Fondation de la maison Mariage frères qui commercera avec des comptoirs Chinois et de Ceylan.

1856, en Chine - Les relations sino-anglaises sont toujours tendues. La seconde guerre de l'Opium (1856-60) commence. La France participe au conflit, Pékin est pillé

1859, en Inde, province de Darjeeling - Premières plantations de théiers.

1860, en Chine - Signature du traité de Tianjin qui met fin à la seconde guerre de l'opium, 11 nouveaux ports sont ouverts et les missionnaires sont autorisés à parcourir le territoire chinois. Le commerce de l'opium redevient légal… en 1878, il y a 120 millions d'opiomanes en Chine.

1869, au Sri Lanka (Ceylan) - Les plantations de café du Sri Lanka sont dévastées par un champignon (Hemilia vastatrix), laissant la place pour les théiers d'Assam acclimatés auparavant. C'est ainsi que naquirent les grand thés de Ceylan…

1869, en Egypte - Ouverture du canal de Suez qui raccourcira considérablement le temps de transport du thé. La vitesse des bateaux n'est plus le point essentiel, c'est la fin de la guerre des clippers !

1878, à Java et à Sumatra - Nouvelle introduction de théiers d'Assam, ce sera le début d'une réelle production.

Au début du XXe siècle, en Russie - l'ouverture du train transsibérien et l'ouverture des ports chinois aux Russes réduisent le temps et facilitent l'importation de thé : c'est la fin des caravanes pour le commerce du thé. Mais cela permet la popularisation du thé en Russie.

1914, en Malaisie - Les Britanniques font quelques plantations dans les collines du centre de l'île. Elles donneront un thé noir très fort.

1920, en Afrique - Première vraie culture de théiers sur ce contient au Mozambique et en Rhodésie. Puis, vers 1925, au Cameroun, au Burundi et au Kenya. Ce dernier a pris une bonne place sur le marché mondial (4e producteur et 1er exportateur mondial en 1996).

2003 - Etat du marché mondial (d'après l'inttea - http://www.inttea.com/ - en Méga tonnes)



Pays Production Exportation
Inde 857 (1e) 170 (4e)
Bengladesh 57 12
Sri Lanka (Ceylan) 303 (3e) 292 (1e)
Indonésie 168 (5e) 88 (5e)
Chine 768 (2e) 260 (3e)
Iran 58 7
Japon 87 0.8
Turquie 155 7
Vietnam 93 51
Kenya 294 (4e) 269 (2e)
Malawi 42 42
Ouganda 36 34
Argentine 60 58


Pays Importation
Fédération russe 167
Angleterre 125
Pakistan 118
USA 94
Egypte 50
Japon 47
Dubai 49
Afghanistan 46
Iran 30
Iraq 37
Maroc 45
Pologne 31
Syrie 29

Commentaires sur Facebook