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Histoire du gingembre

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>>> Article complet : Gingembre



Inde (état du Kerala ?), Chine, Forêt de l'Asie du Sud-est, Malaisie, Moluques, voilà les principales hypothèses que l'on trouve sur l'origine de cette plante qu'est le gingembre. Ce flou montre bien combien cette plante est importante en Asie depuis des temps immémoriaux, médicinale et condimentaire elle y est cultivée, ou entretenue depuis toujours. Depuis plus de trois mille ans en tout cas d'après les traces les plus anciennes : dans des textes de la Chine ancienne, des textes en sanskrit indienne, le gingembre est présent dans toutes ces cultures bien avant que Confucius (Kong Fu Zi, philosophe chinois, -551 -479) ne le cite :

Il [Confucius] avait toujours du gingembre sur sa table. Il ne mangeait pas avec excès.
Confucius Entretiens, X.8 (ou Analectes ou encore Lùn Yu)- S. Couvreur.


Antiquité méditérranéenne

Le gingembre est aussi l'une des premières épices orientales à rallier le bassin méditerranéen, probablement grâce aux phéniciens (donc avant le IVe siècle avant J.C.). En Egypte antique, il entre dans le processus de momification. Au IIe, il figure dans une liste de denrées transitant à Alexandrie et venant d'Asie par la Mer Rouge.

Son origine, comme celle de la cannelle, était jalousement gardée par les marchands et pendant longtemps on cru que le gingembre était la racine du poivre. C'est Pline l'ancien ( 23 - 79, auteur et naturaliste romain), au premier siècle de notre aire qui leva ce lièvre :
Ce n'est pas la racine du poivrier, comme certains l'ont pensé, qui porte le nom de zimpiberi ou, suivant d'autres, celui de zingiberi, quoique la saveur soit la même, car le gingembre croît dans l'Arabie et dans le pays des Troglodytes, au voisinage des habitations. C'est la racine blanche d'une petite herbe. Cette racine quoique âcre, pourrit en peu de temps. elle se vend six deniers la livre
Pline l'ancien

Il arrivait en Grèce et dans l'Empire romain par les marchands arabes ou perses, par les voies commerciales de la mer rouge, puis il se répand dans toute l'Europe dès Ier siècle.

Dioscoride (40 - 90), médecin grec, le préconise dans son fameux De Materia Medica comme médicinale et précise encore son origine :
il croit en Arabie et aux Indes, ses racines ont quasi le goust du poivre, bon à manger il aide à la digestion, mollit le ventre moyennement, est bon à l'estomac ; on le mêle aux antidotes
Dioscoride, II. 154, trad. J.Moulin en 1572

Il nous apprends aussi que le gingembre était déjà importé sous forme confite et pas uniquement séché.

Taxé dès le IIe siècle dans l'empire romain, le gingembre le sera toujours au Moyen-Age.

Apicius le place en bonne place dans la " liste des épices indispensables dans une maison afin de pourvoir à tous les assaisonnements " dans son De re coquinaria, mais cela est a prendre avec des pincette car la version la plus ancienne connue date du Ve siècle et à donc certainement été remanié…

Avant le Ve siècle, avant la conquête normande, on le sait connu en Angleterre.

Au Ve, d'après Rosengarten il est probable que des pieds de gingembre furent transportés à bord des flottes commerciales asiatiques lors des traversés de la Chine vers le Sud-Est de l'Asie pour fournir des légumes frais et lutter ainsi contre le scorbut à bord des navires.

VIIe - Il est mentionné dans le Coran :
Allah les [les vertueux] protégera donc du mal de ce jour-là, et leur fera rencontrer la splendeur et la joie,
et les rétribuera pour ce qu'ils auront enduré, en leur donnant le Paradis et des [vêtements] de soie,
[…]. Et là, ils seront abreuvés d'une coupe dont le mélange sera de gingembre,
puisé là-dedans à une source qui s'appelle Salsabil.
Coran, sourate n°76 Al-Isan (L'homme), versets 11, 12 et 17, 18


Moyen-Age Européen

Une des épices des plus connue du Moyen-Age.

IXe, le gingembre est l'une des épices des plus connues car moins cher que le poivre et tout aussi puissant et exotique (prix 'modéré : une livre corresponds à un mouton). Il en existe alors plusieurs qualités, toujours sous forme séche comme le vétu ou gris voire noir s'opposant au non-vétu, blanc ou blanche.

XIe - Hildegarde de Bingen (1098-1179, Bénédictine et mystique allemande, puis sainte) en fait la base de nombreuse préparations médicinales toniques et antiseptiques. C'est aussi durant ce siécle qu'il est fait la première mention du gingembre en tant qu'épice dans un texte d'Europe centrale, jusque là il était connu comme médicinale et aphrodisiaque. A la même époque il est couramment utilisé dans les traités vétérinaires anglais.

XIIe :

Certains disent que c'est la racine d'un arbre, d'autres que c'en est le bois. Mais la vérité est que c'est la racine d'une herbe qui croît en Esclavonie
Plaetarius, Livre des simples médecines
Au froid de l'estomac, des reins et du poumon
Le gingembre brûlant s'oppose avec raison,
Eteint la soif, ranime, excite le cerveau,
En la vieillesse éveille amour jeune et nouveau.
Ecole de Salerne

Au XIIIe siècle, les arabes l'emportent en Afrique orientale, et les portugais en Afrique occidentale. Vers la fin de ce siècle, Marco polo verra du gingembre sur pied du coté du Kerala.

En 1292, il est décrit par Jean of Montecorvino (1246-1328, Franciscain italien qui fonda la mission catholique de Chine) puis deux siècle plus tard par Nicolo de Conti (Explorateur italien du XVe).

En 1433, à Bâle, une auberge est fondée sous le nom de 'zum ingwer', de nos jours, il existe toujours à Bâle une ruelle du gingembre.

Au XIVe siècle, on retrouve le gingembre dans le Viandier de Taillevent (ou Guillaume Tirel, 1326-1395) sous le nom de " poudre de zingibérine " en particulier dans la recette de " jance de gingembre sans aulx… "


Au XVe siècle, durant le quattrocento, la renaissance italienne, les marchands vénitiens commercialisent en Europe occidentale plusieurs qualité de gingembre : la commune ou baladi, le colombino (ou gingembre colombin) provenant de Colombo, le micchino (ou gingembre de mesche) qui arrive via la Mecque… Ce dernier " plus mol à trenchier au coustel et plus blanc dedans que l'autre " était le plus délicat et le plus recherché à l'époque.


Renaissance & Epoque moderne

Dès le début du XVIe siècle, le gingembre est introduit au Nouveau Monde (Antilles, Mexique), certainement pour profiter de la manne que représentait le marché des épices en Europe. Et rapidement, la production dépassa les espérances :

Le gingembre fut apporté de l'Inde à l'île d'Hispañola, et s'est multiplié de telle sorte que l'on ne sait plus qu'en faire, tant il est vrai que la flotte de l'année 1587 en rapporta à Séville 22 053 quintaux.
Extrait de l'Histoire naturelle et morale des Indes occidentales (1589) de Joseph de Acosta.


XVIe. Fortement estimé de Henry VIII (1491 - 1547, roi d'Angleterre), il le conseille plus particulièrement pour lutter contre la peste. Un peu plus tard, à la cour de Élisabeth I (1533 - 1603) il est surtout apprécié dans les 'ginger bread'.

1563 -

Le gingembre vert est mangé en salade, mélangé à d'autres herbes, huile, vinaigre et sel, et dans les pâtés de poisson frais
Garcia da Orta, médecin et botaniste portugais

1668 - Moyse Charas (1619 - 1698, pharmacien français), Histoire naturelle des animaux, des plantes et des minéraux qui entrent dans la composition de la thériaque d'Andromachus, dispensée et achevée publiquement à Paris :

Depuis de le gingembre a efté tranfplanté dans ces Ifles de l'Amérique, on apporte une grande quantité en France, & il y eft à beaucoup meilleur marché qu'auparavant.
M.Charas

Au XVIIe, il gagne le Brésil ou il est largement cultivé. C'est aussi à cette époque qu'il est introduit dans les jardins botaniques européen. XVIIe, Nicolas Lémery (1645-1715, médecin et chimiste français) - Traité universel des drogues simples :

le petit roseau à fleurs en massue, propre pour fortifier les parties vitales […], pour réchauffer les vieillards[…] et exciter la semence
N.Lémery

XVIIIe, jusque là courant dans la cuisine, il était colporté dans les campagnes sous le nom de l'épice blanche. Le gingembre perds du terrain jusqu'à quasiment totalement disparaître des tables européennes comme nous le rapporte GT Raynal (1713-1796) dans son Histoire philosophique des deux Indes :

Le gingembre tomba dans une espèce de mépris, et la culture en fut à peu près abandonnée partout excepté à la Jamaïque
G T Raynal


XIXe et au-delà

XIXe voit le gingembre gagner les îles du Vanuatu. Dans l'Officine, le pharmacien Dorveau préconise des pastilles du sérail composées de gingembre, cannelle, girofle, macis, vanille, musc, safran, ambre gris pour retrouver le désir…

Vers les années 1940, on commence à cultiver le gingembre en Australie. Au début du XXe siècle, le gingembre fini par quitter complètement les tables françaises, mais il reste présent dans les pays anglo-saxons.


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