Toil'd'épices, pour tout savoir sur les épices, condiments et herbes aromatiques

Cécile Le Pêcheur, une femme au service de l Espelette

De Toildepices

Le long chemin de Paris au Piment d'Espelette

Originaire du Bassin Parisien, comme beaucoup de descendants Bretons, je me suis installée au Pays Basque Français depuis 1991, rêvant d'espace et de nature.

Toute mon enfance avait été bercée par les vacances d'été à Cambo Les Bains et à Halsou où mes grands-parents maternels ont vécus pendant plusieurs années.

Alors, c'est tout naturellement que, quand ma décision de quitter la banlieue parisienne a été prise, je suis retournée aux sources, celles du Pays Basque.

Le changement pourtant fut rude et la descente rapide ! Famille et amis à 800 km, la solitude a pris alors une grande place dans ma vie.

Quant au travail, j'ai regardé les chômeurs avec un œil tout neuf et j'ai compris (enfin !...) que ceux qui ne trouvaient pas de travail ne le faisaient pas forcément exprès !

Pas de place pour les gens non diplômés, alors d'espoirs en échecs, le "RMI" est venu frapper à ma porte balayant ma fierté. Deux années très difficiles psychologiquement, puis une lueur d'espoir : un Contrat Emploi Solidarité dans une école à Ustaritz et l'énergie reprend le dessus.

Du travail, même mal payé, même mal considéré, c'est retrouver une vie sociale, faire des connaissances… Le retour à la vie. Deux années de C.E.S. pendant lesquelles j'ai cherché un moyen de reprendre le dessus. Pendant dix ans, je fus éducatrice (non diplômée) auprès des handicapés mentaux. J'ai donc cherché à passer ce diplôme indispensable en province.

Deux essais, deux échecs, malgré mon expérience, les décideurs m'ont jugée trop fragile pour ce métier !!!...


Quatre années déjà au Pays Basque et enfin quelques amis. Parmi eux, Eusebia, la douceur tranquille, la persévérance à toute épreuve, l'amitié solide !

Quelqu'un qui vous montre la marche quand vous ne la voyez pas et qui vous force à la franchir à force de patience et de persuasion, même si vous pensez que c'est impossible.

"Tu aimes la nature, les animaux, la campagne, pourquoi tu ne passerais pas le BTS Agricole à Etxarri ?"

Avec un niveau 3ème et les échecs successifs pour faire la formation de Moniteur Educateur à ce même Etxarri, … Je lui ai ri au nez.

Oui mais alors, je la connaissais très peu ! Et je ne savais pas encore que les Basques sont aussi têtus que les Bretons !... Lassée de voir que mes arguments ne changeaient rien à son idée fixe, persuadée que je raterais le concours de toute façon mais qu'ainsi le sujet serait clos, je me suis inscrite pour la formation BTS.

Et j'ai été admise ! Mieux encore, je ressortais deux ans après (formation de deux années) avec le diplôme en poche ! Restait un rêve d'enfant à réaliser : avoir une grande maison, avec un grand jardin et plein d'animaux…

Mais quand on n'est pas issue du milieu agricole, qu'on n'a pas un sou en poche, un rêve ne peut rester qu'un rêve ! A moins qu'un autre facteur ne rentre en jeu, la solidarité.

Depuis que je vis au Pays Basque, j'ai appris à connaître la mentalité des gens d'ici : ni meilleure, ni pire qu'ailleurs. Mais chez la plupart d'entre eux, même si souvent leurs paroles disent le contraire, il y a toujours une porte ouverte et une main tendue.

Pour moi, c'est plusieurs portes qui se sont ouvertes et plusieurs mains qui se sont tendues.

Avec de la douleur, de la colère, de la jalousie et de la rancune parfois ; personne n'est parfait et les personnalités se heurtent souvent.

Mais grâce à tous ces gens qui m'ont accompagnée, chacun à leur manière, aujourd'hui, le rêve a rejoint la réalité.

Lepecheur c.jpg


Enfin, le piment...

Installée en mars 2003 comme agricultrice, j'ai :

  • Un grand jardin, 11 hectares que ma famille m'a aidé à payer,
  • Plein d'animaux : 45 chèvres Pyrénéennes (race en voie de disparition) dont je suis très fière,
  • Une culture : le piment d'Espelette, qui j'espère m'aidera un jour à sortir de l'impasse financière dans laquelle je suis toujours.
  • Et plein de projets :
    • transformation du piment en une gamme plus élargie
    • transformation du lait de chèvre en fromage…
    • Une grande maison pour moi et pour les chèvres…


Je suis une "hors cadre familiale" (non issue du milieu agricole), et comme j'ai dû créer ma propre exploitation pour pouvoir m'installer, le chemin sera encore long et caillouteux avant de poser définitivement mes valises.

Pas de maison, ni de bâtiments agricoles ; les chèvres dorment dans une bergerie prêtée généreusement par un voisin ; la vente du piment est difficile, le marché existe mais reste à démarcher ; le fromage est en suspens, mes finances ne me permettant pas la construction d'une fromagerie et sa "mise aux normes"…

Mais quand on a franchi une montagne, alors on sent son rêve se rapprocher de la réalité, et la réalité d'aujourd'hui est la commercialisation de mes produits "Piment d'Espelette".

Ici, on est au Pays Basque et si le piment semble aller vers une renommée mondiale, c'est grâce à une AOC créée par les producteurs, qui lui assure un gage de sérieux et de qualité. C'est aussi beaucoup de contraintes pour les producteurs, beaucoup de travail où les heures ne sont plus comptées et une culture liée aux aléas climatiques qui ne nous permettent aucune certitude face au lendemain !...

Mais j'ai la chance aujourd'hui de faire un métier qui me plaît et c'est avec amour, joie et fierté que je vous ai présenté le principal fruit de ce travail.



Toil'd'épices tient à remercier Cécile Le Pêcheur, productrice de Piment d'Espelette dans le pays Basque français pour cet article sur son activité agricole. Vous pouvez la contacter au 06 71 96 31 88, - Cécile Le Pêcheur, Chemin Portu Berria, 64480 HALSOU pour vous procurer son piment.


Commentaires sur Facebook